Vasco de Gama est le premier Européen à rallier les Indes par voie maritime, en contournant le cap de Bonne-Espérance. Paolo Mori est le premier Italien à rallier Iello pour faire un jeu sur un Portugais en contournant les barrières de la langue. Et moi, je suis toujours le premier à rallier ma table pleine de joueurs pour essayer un nouveau jeu en contournant tout ce qu’il peut y avoir sur mon trajet… femme et enfants compris.
Le dedans de la belle boîte illustrée par Mariano Iannelli
Dans l’ensemble, on découvre un matériel de qualité. Un très joli plateau de jeu sur lequel va venir se placer le reste du matériel en cours de partie.
Les quatre disques d’action par joueur, les tuiles représentant les projets/navires (recto verso) ainsi que des cylindres en bois naturel, vingt-deux au total. Les marins et les capitaines y seront aussi posés en évidence.
De l’argent, un sac en tissu, des plaquettes personnages et j’en passe viennent compléter une liste pléthorique.
Et… des auto-collants ! C’est en effet à vous de finir de préparer le jeu. C’est un peu le côté cheap du jeu. Il va falloir coller les étiquettes sur les cylindres en bois pour les numéroter. Après quelques parties, les auto-collants se décollent facilement. Pas très agréable mais pas non plus très grave en soi. On peut, au choix, utiliser de la colle forte, écrire les numéros au marqueur ou faire de la pyrogravure !
Comment jouer ?
Le jeu se déroule en cinq manches, ce qui est relativement rapide une fois que l’on connaît bien les mécanismes du jeu.
Les joueurs possèdent quatre pions qui leur permettront de faire quatre actions par tour. Une fois les quatre pions posés, on joue les actions correspondantes, on fait une phase de navigation et la manche se termine. C’est précis et tendu ! Il y a peu de place pour tergiverser et l’efficacité est de rigueur !
En fonction du nombre de joueurs, il y a plus ou moins de places disponibles sur chaque zone du plateau. Ces zones sont au nombre de quatre :
- se renflouer en monnaie ou recevoir l’appui d’un personnage et donc de son pouvoir ;
- recruter des marins et capitaines ;
- acheter des navires ;
- envoyer vos navires vers les escales.
La mécanique est très simple et très efficace. Mais alors qu’est-ce qui rend ce jeu si intéressant ? C’est… la phase de placement.
Au centre du plateau, on trouve tous les pions en bois numérotés de un à vingt (ceux avec l’auto-collant…). À son tour, un joueur choisit un numéro et le place dans l’une des quatre zones d’action, accompagné d’un de ses pions. Quand tout le monde a placé ses quatre pions avec donc quatre numéros, la phase de placement est terminée et l’on peut commencer la résolution des actions.
Mais ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air. Lors de la phase de résolution, on appellera les numéros dans l’ordre, du plus petit au plus grand. Ce n’est pas parce qu’on s’est placé en premier quelque part que l’on y jouera en premier : quelqu’un d’autre peut s’y placer avec un chiffre plus petit et y jouer avant.
Il faut, de plus, prévoir la chronologie des événements : impossible de jouer la phase de navigation si l’on n’a pas de capitaine ! Pas de recrutement sans argent. Bref, la tension est également répartie entre jouer avant les autres et jouer dans l’ordre. À défaut, on peut se retrouver à faire des tours à vide alors qu’il n’y en a que cinq…
Cette belle mécanique de placement est d’autant plus tendue qu’à chaque tour une plaquette indique à partir de quel chiffre les placements seront payants. Sachant que ce chiffre peut varier jusqu’à plus ou moins trois au moment de la résolution des actions.
Par exemple, si le chiffre douze est sur la plaquette (qui indique aussi combien d’argent sera placé sur le plateau), les joueurs savent que pour le moment, l’action numéro onze coûte un, l’action numéro dix coûte deux, etc. Tout ce qui vient à partir de douze est gratuit. Mais on sait aussi qu’une fois tout le monde placé, une nouvelle plaquette annoncera de combien on bouge le marqueur : il peut aller de quinze à neuf. Ce qui veut dire qu’une action numéro dix, qui valait initialement deux, peut soit devenir gratuite soit aller jusqu’à coûter cinq.
Parfois, la tentation de prendre un chiffre plus petit est grande afin de pouvoir jouer avant un autre, mais le risque de voir les coûts augmenter freine les moins audacieux. Très tendue, cette phase de placement !
Comment scorer ?
Les points de victoire se marquent en envoyant des navires vers les escales. Et c’est ici que se trouve l’autre aspect ingénieux du jeu.
Lorsqu’un joueur envoie un ou plusieurs navires, il doit les envoyer sur une même escale. Chaque navire ne peut se placer que sur une case inférieure ou égale à sa propre valeur. Cela lui rapporte des points de victoire (la valeur de la case) et un bonus.
De plus, à la fin de chaque tour, les bateaux présents rapportent encore à leur propriétaire argent ou points de victoire, ou les deux.
Mais ces bateaux ne s’arrêtent pas là. À la fin de chaque tour, a lieu une phase de navigation. Les escales remplies rapportent un bonus de points de victoire à chaque bateau présent et obligent les navires à partir vers l’escale suivante. Sachant qu’un navire ne peut aller sur une case de valeur supérieure, certains bateaux vont devoir arrêter leur navigation et être retirés du jeu. Ils cesseront donc de rapporter à leur propriétaire, alors que d’autres continueront plus longtemps.
Cette nouvelle phase de placement a aussi beaucoup de charme. On essaie de se placer au mieux afin de recevoir le plus de points de victoire, mais aussi afin d’empêcher les autres de se positionner. Après quelques tours, les places sont très chères ! Jouer avant les autres peut se révéler crucial. Il vaut parfois mieux placer un navire de valeur « neuf » sur le dernier « sept » disponible, quitte à ne marquer que sept points, mais en empêchant l’autre de poser son bateau. Il fera un tour pour rien !
Mon avis
Très bon ! J’aime beaucoup le matériel, le plateau est magnifique et lisible, les marins et capitaines, les plaquettes, tout est de qualité. Juste le bémol pour les auto-collants qui se retrouvent dans le fond du sachet !
J’adore les mécanismes de placement. On se tire la bourre pour jouer avant les autres. On prend des risques. On tente le diable en espérant que le marqueur sera reculé ! On cogite pas mal pour organiser ses actions et surtout pour ne pas se faire piquer les bonnes places aux escales.
On a envie d’y rejouer, et très vite. Les parties sont fluides et pas très longues. Paolo Mori nous a livré une pépite ludique qui vaut la peine que vous y fassiez escale.
En tout cas, moi j’embarque à nouveau !