J’ai récemment joué à Cairn, un jeu d’escalade qui m’a énormément marqué. Développé à Montpellier par une équipe d’une vingtaine de personnes, ce titre se présente comme une simulation d’escalade, mais il dépasse rapidement ce cadre technique.
Là où beaucoup de jeux auraient pu se contenter d’une approche purement sportive, les créateurs ont choisi un chemin introspectif profond, tentant d’approcher la philosophie même de l’être humain face à la paroi et à la verticalité.
L’ascension du Mont Kami : Un défi personnel et spirituel
Nous incarnons Avaa, une grimpeuse de renommée internationale.
C’est un personnage complexe, qui semble en décalage avec sa vie sociale et qui décide d’affronter le Mont Kami, un objectif légendaire jamais atteint. Cette expédition ressemble à un défi personnel, presque suicidaire, là où le reste de sa vie s’effondre.
L’ascension débute par la découverte de la nature, des méthodes de grimpe et de la culture locale.
Mais au fur et à mesure que l’on s’élève, le décor change : on découvre des civilisations troglodytes, des rituels et des croyances.
Plus on approche du sommet, plus le jeu touche à une certaine spiritualité.
En simplifiant sa vie à l’extrême pour se concentrer sur cet unique objectif, Avaa explore ses propres limites et ses difficultés relationnelles.
Une interrogation sur notre identité de joueur
L’une des mécaniques les plus fascinantes de Cairn réside dans les rencontres que l’on fait. Nous croisons des personnages aux philosophies variées, et ce qui commence comme un simple échange peut devenir un véritable affrontement intérieur.
Le jeu nous pousse constamment à nous demander : faut-il continuer ou arrêter ? Il va jusqu’à nous fournir des excuses acceptables pour abandonner. En cela, il interroge notre nature de joueur :
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Sommes-nous de ceux qui vont jusqu’au bout malgré la douleur, quitte au sacrifice ?
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Ou sommes-nous là pour le plaisir, prêts à partir dès que celui-ci disparait ?
Le Mont Kami est un sommet dont on dira dans le jeu qu’il est suicidaire de tenter l’ascension.
À travers les notes laissées, les sacs abandonnés et les cadavres qui jonchent le parcours, l’histoire nous rappelle sans cesse que vouloir réussir relève de la folie.
Avaa partage peu ses motivations ; c’est au joueur de s’interroger sur lui-même durant son ascension pénible et douloureuse.
La précision du geste et la tension de la survie
Côté gameplay, Cairn propose une mécanique d’escalade assistée où chaque geste compte.
Un calcul algorithmique détermine seul si le corps peut effectuer le mouvement demandé à la manette ou s’il va trembler et glisser jusqu’à la chute. Cette assistance intelligente nous aide à positionner nos membres à chaque pas selon les anfractuosités de la paroi, rendant l’expérience très organique.
À cette simulation de progression s’ajoute une mécanique de survie qui crée une tension extraordinaire :
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Gestion des ressources : Eau, nourriture et chauffage sont limités.
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Le sac à dos : Son espace restreint oblige à des choix drastiques sur ce que l’on stocke ou consomme.
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L’état physique : Je me suis retrouvé plusieurs fois évanoui, suspendu dans le vide, par manque de ressources.
C’est cette nécessité de survie qui nous fait prier l’arrivée du prochain bivouac pour nous soigner. Seul endroit également où sauvegarder sa progression…
Entre les mains blessées et l’équipement défaillant, nous évoluons dans un milieu profondément hostile.
Pourtant, on continue de grimper, avec toujours la possibilité de renoncer et de repartir avec un immense sentiment de satisfaction.
Faire partie de la montagne
Le jeu offre également une extraordinaire rejouabilité à la hauteur de sa proposition grâce à son mode « Free Solo ».
Sans sécurité ni cordage, les joueurs peuvent ainsi tenter avec acharnement d’atteindre le sommet dans des conditions extrêmes.
Des ascensions de 5 à 8 heures sans filet, où la moindre erreur est fatale. La sensation est maximale.
Cairn reste pour moi un souvenir immense, une sensation forte doublée d’un questionnement profond sur ce qui nous motive à aller au bout des choses, quitte à en payer le prix fort.
Ce jeu m’a énormément appris et offert, et c’est pour cette raison que je suis heureux de vous le recommander aujourd’hui. Il est à mettre à côté du fantastique Jusant, plus onirique, peut-être, et avec un gameplay plus accessible, mais tellement passionnant aussi.