Filant à travers l’espace, fuyant une Terre ravagée par un spore. Le dernier vaisseau humain sillonne l’espace à la recherche d’un monde habitable afin de tout reconstruire. Mais alors que les étoiles défilent, trois astronautes dans leur cabine discutent : « John n’est plus ce qu’il était avant le départ. Je peux vous le certifier. » déclare le psychologue du vaisseau.
« Oui, la présence du spore dans le vaisseau a été confirmée et c’est d’ailleurs pour cela que nous avons été réveillés prématurément. » confirme l’un des deux médecins de bord.
« Mais en qui peut-on encore avoir confiance ? D’après mes analyses, au moins cinq d’entre nous ont été infectés, s’alarme l’informaticien. En qui peut-on avoir confiance ? »
Un format pas comme d’habitude
À l’heure où vous lirez cet article, sachez que les mille premières boîtes de ce jeu ont déjà été vendues et sont en rupture de stock depuis ce juillet, et donc la première version est maintenant collector.
La boîte en format cylindrique en carton et aluminium se glisse facilement dans un sac à dos pour colo ou une poche pour une soirée entre amis. Les pogs représentant les différents rôles étaient en cartons recyclables. Le livret de règles et les feuilles d’aides pour le maître de la partie sont bien réalisés et clairs pour une utilisation rapide, avec de très belles illustrations.
Pour cette nouvelle version, la boîte se verra raccourcie de 6 cm, ce qui facilitera encore son transport tout en conservant son format atypique. Pour les pogs, l’illustratrice a fait quelques dessins supplémentaires et chaque pog a désormais une illustration unique. En plus, une couverture en couleur ira égayer le livret de règles. Aucune modification de règles n’est à signaler pour cette nouvelle version, mis à part quelques corrections. Cette nouvelle version devrait être disponible bientôt.
Qu’est-ce que c’est que ce Sporz là ?
La Terre que nous connaissons n’existe plus, elle a été entièrement infectée par un spore dominant l’esprit de l’hôte qui aurait été contaminé. L’humanité, réduite à une poignée d’individus, cherche à retrouver une planète dans le cosmos pour tout recommencer, et pendant que le vaisseau traverse l’espace, les occupants en sommeil cryogénique sont brutalement réveillés par l’ordinateur de bord.
Il a repéré un hôte du spore. Tous les membres de l’équipage doivent découvrir cet hôte et le mettre hors d’état de nuire car chaque nuit, le spore se répand dans l’équipage créant de nouveaux hôtes qui agiront en même temps que l’hôte primaire.
L’équipage est composé de médecins pouvant soigner les individus transformés ou tuer celui qu’ils pensent être l’hôte primaire. Le psychologue peut deviner exactement si un individu est infecté ou non. L’informaticien peut estimer avec exactitude le nombre d’infectés. L’espion est capable de savoir tout ce qui est arrivé à un occupant du vaisseau pendant la nuit.
Voilà une petite pincée des nombreux rôles qui peuvent être présents dans l’équipage aux côtés du hacker, du fanatique et du généticien. Mais tous ces agents doivent agir de nuit pour que les spores ne les trouvent et ne cherchent à les faire hôtes à leur tour. L’enquête réelle ne peut se faire que de jour en parlant aux autres membres d’équipage.
La nuit tombée, un maître de jeu — pardon, l’ordinateur de bord — doit veiller à ce que tous les membres d’équipage remplissent leurs rôles et doit recenser tous les choix de votes en journée. Il doit aussi éviter que de trop grands groupes de personnes ne se forment pour discuter ensemble. Après tout, on est dans un petit vaisseau spatial exigu et seule la salle de réunion est assez grande pour accueillir tout le monde, mais personne n’irait parler ouvertement dans cette salle pour comploter contre un de ses propres compagnons.
Et le jour fait place à la nuit
De nuit, l’enquête se fait en fonction des métiers de chacun, mais de jour l’enquête se fait en discutant avec les autres membres d’équipage. C’est ainsi que les différentes informations peuvent circuler, les alliances se faire ou se défaire, et où la paranoïa prend place, car l’allié d’un jour peut être un ennemi le lendemain.
Peut-être qu’il sera convaincu « ses nouveaux amis » de faire de vous l’un des leurs. Puis, à bulletin secret, chaque membre peut indiquer à l’ordinateur qui il pense être un « sporé » ou au contraire éliminer un gêneur à la propagation de son espèce.
Le maître du jeu… pardon, l’ordinateur de bord décide de la durée des journées. Sans soleil, les journées ne sont jamais précises et peuvent se passer très vite, réduisant le temps d’échanges, ou s’allonger, laissant plus de place aux manigances et aux complots.
Et en plus du jeu ?
Déjà que le jeu fait partie des trop rares jeux d’enquête à identité masquée sur lesquels nous pouvons jouer, les éléments du jeu comme les jetons sont issus du recyclage. L’aide de jeu apporte aussi beaucoup au maître de jeu qui doit s’y retrouver entre les personnes infectées, puis guéries, puis réinfectées, et retenir le nombre de voix contre un joueur, ce qui le fera faire un aller simple dans le sas si une majorité des votes est contre lui.
Il est fortement déconseillé de tuer des astronautes sans être sûr de son identité. Tuer dès les premières nuits ou premiers votes ne va avantager ni un camp ni l’autre. Faire passer un adversaire dans son camp est toujours plus rentable que de le supprimer. Tuer quelqu’un juste pour voir est généralement l’erreur qui coûte la partie aux débutants.
À part cela, une future extension doit arriver, aucune date n’a été fixée par l’auteur, mais elle permettra de jouer à moins de 7.
Mon avis
Il y a des jeux comme ça qu’on explique mais pour lesquels on a le coup de cœur dès qu’on les a testés. C’est exactement l’effet que m’a produit Sporz lors de la soirée Off de Cannes.
Le matériel de la première version est de bonne facture et celui de la nouvelle version, fabriqué par des entreprises allemandes spécialisées dans le jeu de société, promet encore une meilleure qualité.
Un excellent jeu d’ambiance qui nécessite quand même une mise en scène par le maître de jeu pendant toute la partie. C’est un jeu très modulable en terme de temps et de nombre de joueurs ou de rôles (la boîte de base contenant 20 identités et 9 rôles déjà définis, un nombre minimal de joueurs est quand même nécessaire : 8 en comptant le MJ).
L’aspect très intéressant est que les premiers éliminés arrivent relativement tard dans la partie et signent souvent la dernière ligne droite vers la victoire ou la défaite d’un camp. Le thème du vaisseau perdu dans l’espace n’est que peu exploité dans le milieu du jeu de société et en tant que grand amateur de SF je ne peux que me ranger du côté de Sporz, que je préfère à celui des villages campagnards.
Le public visé reste assez large, car même des enfants qui savent déjà mentir peuvent jouer facilement à Sporz, puisque mensonge et manipulation peuvent être de bons atouts dans ce jeu.
Et surtout, une extension qui me permettra de jouer encore plus souvent à ce jeu me met l’eau à la bouche.