JDS – Sherlock Holmes Détective Conseil

En cette froide matinée de mars 1888, nous sommes convoqués par Sherlock Holmes afin que nous l’aidions à résoudre une affaire pour le moins… insolite.

Que le grand détective fasse appel à nous, ce n’est pas une première. Depuis notre jeunesse, il a fait appel à nos services – ce qui nous a valu le sobriquet de « francs-tireurs de Baker Street ». Il a même cherché, au fil des années, à nous enseigner son art de la déduction. Mais ce qui nous motive, c’est cet espoir fou, un jour, de dépasser le maître !

Bienvenue à Londres

Bienvenue à Londres, cité du smog, de la reine Victoria, mais aussi et surtout du cé­lèbre Sherlock Holmes. Le célèbre détective – ou plutôt « détective conseil » comme il se qualifie lui-même dans ses aventures – n’est plus vraiment à présenter, car il aura imposé sa marque dans les esprits au travers de nombreux médias.

Son sens de la déduction et ses capacités d’analyse lui ont permis de résoudre un nombre incroyable d’affaires, toutes plus tordues les unes que les autres. Ce jeu vous propose de faire de même…

How beautiful !

Ce jeu est édité par Ystari, et destiné à être joué en solo ou en groupe (jusqu’à 8 selon l’éditeur). Pour être précis, il s’agit d’une réédition du jeu du même nom édité en 1985 chez Descartes. Pour le coup, il s’agit d’une vraie réécriture, qui tire le meilleur de la première édition et l’améliore sur plusieurs points *.

Le matériel est magnifique : de la couverture (sur laquelle Holmes vous fixe d’un air mi-narquois, mi-complice), aux livrets (il y en a 11 : le livre de règles, et un livret par affaire), en passant par l’annuaire et le plan de Londres, et 10 journaux (un par mois). Le tout dans un style rétro très efficace, et imprimé sur du papier de bonne qualité (seul le plan craint un peu les manipulations, et encore je pinaille), lisible et sans coquilles ! À l’heure où j’écris ces lignes, un tout petit erratum de rien du tout a été émis (voir à la fin de l’article).

Les illustrations sont judicieusement placées, pas trop nombreuses ni trop envahissantes, mais très réussies : les illustrations de couverture de chaque livret, en couleur, et les quelques illustrations intérieures, en noir et blanc.

Le tout est solide et agréable à compulser. Et heureusement, car le jeu est bâti autour de la lecture de ces différents éléments. Mais rien qu’avec le matériel, l’immersion est déjà assurée. On a envie de sortir la pipe et le thé.

Des règles élémentaires

Le livret de règles se lit avec plaisir. Texte aéré et bien organisé, il contient même une petite nouvelle mettant en scène Holmes et développant certains éléments de règles.

Celles-ci sont très simples. Les joueurs choisissent une des affaires. Elles sont numérotées dans l’ordre chronologique et commencent par une courte nouvelle durant laquelle les premiers éléments sont présentés. Une fois que tout le monde en a pris connaissance, l’enquête commence ! Le but du jeu est de comprendre ce qui s’est passé (qui ? pourquoi ? comment ?), avec le plus de détails possibles.

Quand les joueurs penseront en savoir assez, il leur sera permis de consulter une liste de questions émises par Holmes, que l’on trouve à la fin du livret d’enquête. Chaque question amène un certain nombre de points, et le but du jeu est de réussir à battre le maître, en dépassant le score de 100 ! Il y a deux séries de questions : les obligatoires (si vous répondez à toutes, vous marquez 100 points), et les facultatives pour quelques points de plus.

Mais le plus important, ce sont les pistes. Revenons à nos éléments de départ : en décortiquant la nouvelle d’introduction, de premières pistes s’offrent à nous. Peut-être serait-il intéressant de fouiller la scène du crime ? Rien de plus simple : toutes les adresses sont associées à un code (du type SO32). Le livret d’enquête contient un très grand nombre de paragraphes, chacun associé à un code similaire. Donc, fouiller le lieu du crime revient à lire le paragraphe SO32 ! C’est ce qu’on appelle une piste.

De même, interroger une personne revient à trouver son adresse dans l’annuaire et à se rendre à l’adresse indiquée ! Sauf qu’entre les noms d’emprunt, les personnes qui ne sont pas chez elles, et celles désignées uniquement par leurs initiales, ça n’est pas toujours évident ! Et là, il faut réfléchir, faire des recoupements, éliminer l’impossible, évaluer le probable…

Alors, Watson, vous saisissez ?

Bon sang mais c’est bien sûr !

Chaque paragraphe correspond à une piste. Certaines pistes (mais pas toutes) vous mettront sur d’autres pistes. De fil en aiguille, l’affaire se dessine, on commence à comprendre. En cas de blocage, on peut éplucher le journal du jour, ou faire appel à une liste d’informateurs fiables confiés par Holmes, voire le contacter lui-même !

Oui, mais… plus vous suivez de pistes, moins vous avez de points ! En effet, pour vous donner un ordre d’idées, Holmes réalise la première enquête en 4 pistes seulement. Oui oui, il lui suffit de lire 4 paragraphes pour boucler l’affaire (et il le prouve dans l’épilogue du livret).

Si vous résolvez l’affaire en moins de pistes que lui, vous recevez 5 points pour chaque piste économisée (en suivant deux pistes, vous gagnez 10 points). Si vous suivez plus de pistes que lui, c’est l’inverse (en suivant 6 pistes, vous perdez 10 points).

C’est là qu’est tout le sel du jeu. On se triture les méninges pour ne pas gaspiller son temps dans de fausses pistes, et on prescrit le peu d’informations dont on dispose pour en tirer le maximum. Et ça marche ! Mais c’est loin d’être évident ! Toujours pour vous donner un ordre d’idées, nous avons accompli la première enquête à trois joueurs. Au bout de 13 pistes suivies (!), nous avons su répondre à toutes les questions obligatoires, et à la moitié des réponses facultatives. Nous étions fiers de nous… pour un score final de 75 !

Alors, réussite totale ?

Vous l’aurez compris, ce jeu réussit l’exploit, avec un matériel et un temps de préparation minimum, à vous immerger complètement dans l’enquête, et on ressent le plaisir de la traque, le frisson de satisfaction quand les éléments se recoupent, la pointe d’inquiétude quand les éléments incohérents (en apparence) s’accumulent, et les cris à la « bon sang, c’était là, sous notre nez ! » quand, enfin, toute la lumière est faite par Holmes.

Le jeu est jouable de trois façons différentes : en solo tout d’abord, et c’est un plus appréciable. En groupe, ensuite ; tout le monde collabore, mais on est chacun son tour responsable de l’enquête (et donc seul juge de la prochaine piste à suivre). Ça marche très bien, même quand on est dans le flou total, il y a toujours des possibilités, et les discussions vont bon train. La dernière possibilité, c’est en compétition : on joue comme en coopération, mais quand quelqu’un pense en savoir assez, il s’arrête, et n’écoute rien des pistes suivies par la suite par le reste du groupe. À la fin, chacun répond individuellement aux questions, et on compte les points. Je ne pense pas que ce soit la meilleure façon de la jouer, mais ça dépend des sensibilités.

Mon avis

Sherlock Holmes Détective Conseil est un grand jeu. Unique en son genre, simple d’accès, d’une qualité rare autant sur le fond que sur la forme, il s’agit d’une véritable pépite, une expérience ludique incomparable dans laquelle je vous invite à plonger sans hésiter ! C’est un jeu qui se savoure, dans lequel, finalement, l’idée de score est presque accessoire, et dont le moteur est surtout la satisfaction intellectuelle de résoudre une enquête et de se comparer à un esprit génial, celui de Holmes, magnifiquement rendu par rapport aux œuvres originales. Alors, qu’est-ce que vous attendez ?

Erratum : la bonne adresse du Bar of Gold est 33 SE ; la bonne adresse de l’Université de Londres est 43 CO (comme indiqué sur le plan) ; dans l’affaire du vieux soldat, on est renvoyé au Times du 10 août, mais il faut comprendre 10 juin.

*Pour les connaisseurs, voici une liste des principales modifications :

  • l’ordre des dossiers a été modifié;
  • du coup, le contenu des journaux aussi, même s’il s’agit surtout d’une réorganisation;
  • le plan est en couleurs, ce qui le rend plus lisible;
  • les enquêtes sont mieux organisées : prologue, pistes, questions et épilogue sont bien séparés, plus aérés, leur lecture est facilitée;
  • certaines pistes sont offertes, et ne sont plus comptabilisées en fin de partie ; il s’agit typiquement des pistes de type « Ah non, M. X n’est pas ici, il est à son travail, au point Y. » Admettez-le, c’était frustrant dans la première édition…
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