Bonjour, fidèles lecteurs ! Aujourd’hui nos héros se sont retrouvés expédiés dans le monde perdu de Dinosauria, afin d’empêcher le Baron Blade, le diabolique savant fou, de faire s’écraser la Lune sur notre bonne vieille planète, à l’aide de son rayon gravitationnel ! La subtile Wraith, spécialiste de l’approche furtive et du lancer de lames ; la glorieuse Fanatic, bien décidée à punir les méchants et à accomplir sa mission divine ; le puissant Absolute Zero, grand manipulateur du feu et de la glace ; sauront-ils atteindre leur super-ennemi, bien à l’abri sur sa plate-forme volante ?
Sentinels assemble !
Sentinels of the Multiverse est un jeu de cartes pas à collectionner. Il permet à une équipe de joueurs (de 2 à 5) de jouer en coopération en incarnant des super-héros qui, vous vous en doutez, auront à sauver le monde.
C’est un jeu tout récent, le premier édité par Greater Than Games ; il n’existe pour l’instant qu’en anglais.
La première chose qui frappe dans Sentinels of the Multiverse, c’est la légèreté des règles. Voici le déroulement complet d’un tour : on joue une carte pour le méchant. Chaque joueur, dans le sens des aiguilles d’une montre, joue une carte, puis un pouvoir, puis pioche une carte. Enfin, on joue une carte liée à l’environnement. Le jeu s’arrête quand le méchant n’a plus de points de vie, ou si les héros sont tous battus. Et voilà.
Dit comme ça, on pourrait légitimement s’inquiéter de l’intérêt, ou en tout cas de la durée de vie, d’un tel jeu. Eh bien détrompez-vous, Sentinels of the Multiverse tape très fort.
À la mise en place, qui dure approximativement 5 minutes, les joueurs se mettent d’accord ou tirent au hasard pour déterminer qui sera le super-méchant. Il y en a quatre, du savant fou à la super-machine froide et insensible. Il sera représenté par un paquet de cartes qui lui est propre. Ensuite, on choisit un environnement, là aussi parmi quatre (de la ville au monde des dinosaures), et là aussi on a un paquet dédié.
Déjà, on sent que les possibilités sont multiples, mais ensuite, chaque joueur choisit son héros et reçoit le paquet de cartes qui correspond. Et c’est là tout le sel de la chose : chaque héros a ses possibilités propres, et on prendra un plaisir fou à comparer les aptitudes de chacun. La rejouabilité est énorme, et le jeu donne clairement envie de rejouer la partie dans les mêmes conditions mais avec de nouveaux héros, puis de modifier les conditions… Bref, vous l’aurez compris, le jeu est hautement addictif.
Il suffit d’ailleurs de voir à quel point la communauté anglo-saxonne est active pour finir de se convaincre que, oui, Sentinels of the Multiverse est un excellent jeu, de ceux qu’on laisse à l’avant de sa ludothèque pour l’attraper plus facilement.
Blam ! Kapow ! Rends-toi ! Non, Jamais !
D’autant plus que le déroulement de la partie rend parfaitement l’ambiance de nos comics préférés. Chaque héros commence avec un peu d’équipement et un pouvoir.
À chaque tour, vous pouvez jouer une carte qui vous donnera de nouveaux pouvoirs, vous protégera des dangers que vous affrontez, ou déclenchera un « one-shot », un effet puissant mais temporaire.
Par exemple, The Stealth est une héroïne dont les aptitudes sont en gros celles de Batman. Son pouvoir de base, baptisé Stealth (Discrétion), lui permet d’ignorer les prochains dégâts qui lui seront infligés. En jouant une carte équipement, vous pouvez lui donner le pouvoir de frapper vos adversaires… mais avec un seul pouvoir applicable par tour, il va falloir choisir entre ça et la discrétion. Sauf qu’une autre carte vous permet d’activer deux pouvoirs par tour…
Vous l’aurez compris, si la structure du tour est simple au possible, chaque carte va modifier les règles, y apporter des possibilités et donc de la complexité. Mention spéciale au personnage d’Absolute Zero, qui convertit les dégâts en soin, et les dégâts de feu en dégâts de froid ou vice versa, puis démultiplie les dégâts de feu… en fin de partie, les calculs peuvent devenir complexes. Toutefois, en jouant une seule carte à la fois, on a le temps de se familiariser avec chacune.
Malheureusement, cela limite l’accès de ce jeu aux anglophones, car les effets des cartes sont nombreux, simples mais subtils.
Argh ! Vous allez me le payer, maudits héros !
Durant la partie, il n’y a aucun temps mort. Le méchant voit ses points de vie diminuer lentement, l’environnement influe de manière parfois dramatique sur le combat (ah, l’intervention du T-Rex…), les personnages en prennent plein la figure, et le tout prend assez vite une ampleur épique, qui est là, à mon sens, la vraie réussite de ce jeu.
Alors que votre héros commence à faiblir, vous mettez en jeu vos meilleurs atouts, les effets les plus spectaculaires, pour faire reculer ce vilain qui semble nous narguer continuellement ! On se surprend à pousser des « yaha ! » et des « argh ! ». Le jeu est immersif, aucun doute là-dessus, et les jolies illustrations, qui évoquent Penny Arcade, y sont aussi pour quelque chose.
La partie peut facilement durer plus d’une heure, mais on ne la voit pas passer, impatients que l’on est de jouer sa prochaine carte. En plus, quand vous avez battu le grand méchant une première fois, il revient dans une version enragée et améliorée, qui redonne un nouvel élan à la partie.
Autre grande force du jeu : sans coopération, point de victoire possible. C’est seulement en combinant leurs pouvoirs et en se concertant que les héros peuvent espérer l’emporter, et même ainsi, ce sera probablement d’un cheveu, et avec des pertes.
Parlons-en, des pertes : même quand votre héros est battu, vous continuez à jouer ! Vous retournez sa carte (et gagnez une belle épitaphe), vous ne jouez plus de cartes ni de pouvoirs, mais vous avez la possibilité d’influer sur le jeu en choisissant une action parmi trois. Par contre, si tous les héros sont vaincus, la partie est perdue.
Conclusion : je me vengerai, héros !
Simple, joli, addictif, varié, épique, fun : vous l’aurez compris, j’ai été séduit par ce jeu sans prétentions qui retranscrit parfaitement l’ambiance des comics en nous permettant, ensemble, de sauver le Multivers.
Il ne reste plus qu’à espérer une traduction, mais si vous êtes à l’aise en anglais, alors n’hésitez pas : ce jeu vaut vraiment le détour. En plus, une extension est déjà parue, avec de nouveaux héros, vilains et environnements.
Allez, je vous laisse, je veux affronter de nouveau le docteur Blade, mais cette fois, c’est la pétillante Legacy, au regard ravageur (dans tous les sens du terme), qui sauvera le monde !
Docteur Blade était vaincu, son plan déjoué. Blessés mais unis, nos héros ont encore une fois sauvé la Terre d’un destin funeste. Bien sûr, les pertes ont été lourdes, et ils pleureront longtemps le sacrifice de Wraith. Mais, pour un temps encore, les Terriens pouvaient dormir tranquilles, protégés par les Sentinelles du Multivers !