“Papa, papa, je peux jouer à un de tes jeux avec des dragons, des nains et des chevaliers ? – Non, fiston, les règles sont trop compliquées, les figurines un peu impressionnantes, t’as que 6 ans… ou alors c’est en anglais… c’est pourtant pas l’envie qui m’en manque… – Mais euh… moi aussi j’veux être dungeon-crawliste… – Un jour, mon fils. Je t’en fais la promesse. Euh… ce mot, tu viens de l’inventer ?”
Voici un dialogue typique (ou presque) avec mon fils, qui me voit parfois sortir la boîte de Castle Ravenloft, ou me voit partir jouer à HeroQuest chez mon voisin, et qui ne rêve que de se joindre à la joyeuse équipée des explorateurs de donjons putrides et pourfendeurs de créatures maléfiques.
Aussi, lorsque j’ai appris que Lego sortait son jeu de Dungeon Crawling à la Descent, nous avons commencé à nous pencher sur ce drôle de mélange… et il n’en est ressorti que du bon.
Ah mon beau château…
Heroica est une gamme de quatre boîtes basées sur les mêmes règles, destinées à des joueurs de 8 ans et plus. On y joue à 2, 3 ou 4, et les parties durent entre 10 et 20 minutes.
Premier constat, c’est du Lego : quand vous ouvrez la boîte, vous retrouvez les éléments classiques à assembler, avec un guide de construction très bien fait. Le montage d’un plateau ne prend pas plus de 10 minutes, et permet de s’extasier sur la qualité des figurines, portes et autres potions.
Seules les figurines changent de l’ordinaire : plus petites, taillées d’une pièce plus la tête, elles sont toutefois très réussies et bien décorées (impossible de confondre deux monstres ou joueurs différents).
On se retrouve dans des décors variés, en fonction de la boîte choisie : une plage, des cavernes, une forêt ou un château. Le tout est très bien rendu ; par exemple, le château comporte des murailles, des salles de travail, une cuisine, une geôle…
Attention, la taille (et le prix, même si ce n’est pas prohibitif) des boîtes est proportionnelle à leur intérêt. Dans l’ordre croissant :
- Draida (la plage) : un seul petit parcours, du sable et de la roche, des gobelins et leur général, un cristal à récupérer, une potion de soin. On joue un barbare ou un mage – donc 2 joueurs maximum.
- Waldurk (la forêt) : parcours un peu plus grand et modulable de deux manières, de la forêt et des ruines, des araignées géantes, des loups-garous et le chef druide noir, un calice à récupérer, des potions de soin et de force, de l’or et des coffres à fouiller, des armes à acheter, des portes magiques activables à distance. On joue un barbare, un druide ou un ranger (archer).
- Nathuz (les cavernes) : même taille que Waldurk, mais de la rocaille uniquement, des chauves-souris, des golems et leur chef, un sceptre à récupérer, des potions de soin et de vitesse, or et armes aussi, des rochers à franchir. On joue barbare, mage ou voleur.
- Fortaan (le château) : le plus grand, modulable de 3 manières, un château et un peu de nature, des gobelins, des chevaliers gobelins et un roi gobelin, des potions de tous types, de l’or et des armes, des portes à ouvrir avec des clés. On joue barbare, mage, chevalier ou druide.
Si vous décidez d’investir dans plusieurs boîtes, vous pouvez combiner les plateaux pour obtenir des aventures de grande envergure, ce qui rend les parties plus longues… mais vous allez voir que c’est exactement ce qu’on veut.
Barbares en culottes courtes
Les règles sont très simples : le but du jeu est d’atteindre le premier une case précise du plateau, signalée sur son plan, ou de vaincre le monstre qui s’y trouve. Eh oui, tous les joueurs incarnent des héros, mais il s’agit bien d’une compétition !
Le jeu se joue avec un dé spécial, qui indique un nombre de cases pour les déplacements, ou une issue pour les combats. L’une des faces représente un bouclier, qui permet un déplacement maximum ou l’activation d’un pouvoir spécial.
Ce pouvoir est différent selon chaque personnage : – Le barbare vainc tous les monstres qui lui sont adjacents et peut ensuite se déplacer d’une case (“ouargh !”) ; – Le magicien lance un projectile magique qui vainc automatiquement un monstre dans un rayon de 4 cases (“zam !”).
On peut obtenir d’autres pouvoirs en achetant des armes.
Sur leur chemin, les personnages auront à ouvrir les portes, fouiller les coffres, ramasser l’or ou les potions… mais surtout, ils auront à affronter les diverses créatures qui leur bloqueront le passage. Le tout est vite assimilé, les tours s’enchaînent vite, et on se surprend à pousser des cris de joie après avoir vaincu un adversaire ou après s’être déplacé d’un grand nombre de cases vers l’objectif.
À l’aventure compagnons !
La rejouabilité est assez bonne, à condition d’avoir investi dans au moins deux boîtes, ou au moins dans l’une des plus grandes. Les personnages choisis, le parcours mis en place, et bien sûr les résultats du dé, permettent un peu de variété.
Avec les deux boîtes moyennes (les cavernes et la forêt), chacune modulable de deux manières, vous obtenez quatre combinaisons différentes, et même huit selon l’ordre dans lequel il faudra les franchir. Avec toutes les boîtes, je vous laisse imaginer les possibilités…
Mais c’est surtout l’immersion qu’il propose qui lui donne un vrai goût de “reviens-y”. Chaque aventure propose au moins deux chemins vers l’objectif, et on a envie d’en explorer les possibilités.
Autre très gros avantage : on peut perdre, mais jamais être éliminé. Chaque joueur, au début de la partie, reçoit un socle avec quatre points de vie. Quand tous ces points de vie sont perdus (en combattant ou en tombant sur des coffres piégés), le personnage doit passer quelques tours immobiles à récupérer lesdits points de vie avant de pouvoir s’y remettre.
Le rythme de guérison est aléatoire (il se décide au dé), et on tremble à l’idée de laisser son adversaire grapiller un ou deux tours… alors, faut-il faire un détour pour aller chercher cette potion de vie qui pourra être cruciale plus tard ?
Enfin, le site internet est bien fait : je vous recommande d’y aller voir et d’entrer dans la section “comment jouer”. Vous aurez droit au visionnage de trois parties complètes, joliment animées, basées sur trois boîtes différentes. Un excellent moyen de se faire soi-même une idée sur le jeu, d’en apprendre les règles, et de voir les éléments spécifiques à chaque décor. Chapeau bas, messieurs de chez Lego, rien que pour ces petites vidéos.
Déjà fini ?
Certains ont critiqué la trop grande simplicité de ce jeu. C’est un fait, il n’y a que six personnages possibles… mais on peut les personnaliser en achetant de l’équipement.
Les monstres se ressemblent trop dans leur fonctionnement, et sont réduits à une seule statistique (le nombre de points de vie que vous perdez s’ils vous touchent)… mais le jeu n’en est que plus fluide.
Les personnages n’évoluent pas… mais c’était le cas dans HeroQuest pour ceux qui connaissent, et ce n’est de toute façon pas là le but de ce jeu.
Non, ce jeu est là pour être monté en moins de dix minutes, expliqué en aussi peu de temps, et malgré tout vous donner la possibilité d’explorer divers environnements et d’être le premier à en accomplir l’objectif.
Pour ceux qui estimeraient que quatre boîtes différentes, certaines d’entre elles modulables, et pouvant être combinées entre elles de plein de manières différentes, ce n’est pas encore assez, Lego semble vouloir poursuivre l’aventure avec cinq autres boîtes.
Et il est vrai que l’on craint parfois pour le rangement, car les pièces se baladent librement dans la boîte. Attention ! Lego propose une valisette de rangement. Je n’ai pas investi personnellement, mais les critiques semblent mauvaises : on dirait qu’elle ne peut pas contenir toutes les pièces du jeu ! Méfiance donc.
Conclusion : on y retourne !
Le moins que l’on puisse dire, c’est que mon fils et moi avons été conquis. Facile d’accès (il y arrive très bien à 6 ans), intéressant sans être complexe, joli dans le style Lego, avec des graphismes simples mais évocateurs, ce jeu est idéal pour faire jouer nos chères têtes blondes à des “jeux de grand”.
Attention toutefois, ce jeu ne dévoile son plein potentiel qu’à partir d’au moins deux boîtes. Malgré tout, il s’agit d’une véritable réussite !