Se pouvait-il que toute trace d’espoir disparaisse ? Il fallait croire que oui et même penser lui devenait pénible, presque étranger… oui, bien sûr, il se souvenait encore d’une vie toute autre, colorée… mais la vision qui était la sienne maintenant altérait, obscurcissait tout le reste : aux feuilles se mélangeait la cendre ; au feu se joignait l’éclair ; et lorsque le sang par la tornade levé assombrira la ligne d’horizon alors ces fous ne regretteront même pas l’Horreur qu’ils ont vomie sur terre.
Je ne peux pas… laisser… faire… pour que les autres couleurs reviennent, le vermillon de nos sangs doit couler encore une dernière fois… pour cette fois !
pschiiiiitt…
Boum !
Après la sortie prestigieuse du « livre de base, 6e édition, 30e anniversaire », s’en vient logiquement l’écran. Les éditions Sans-Détour, depuis septembre, nous proposent donc, en version française, l’accessoire, que dis-je, l’élément indispensable pour asseoir sa place de Gardien.
Il faudra donc maintenant, pour cette 6e édition, naviguer en un espace-temps particulier où peuvent flotter côte à côte trois écrans, même si celui de la gamme Delta Green s’explique plus facilement en lui-même. Voyons maintenant ce que l’écran spécial 30e anniversaire apporte avec ses bougies… certainement rituelles !
Ce qui se cache, ce qui se montre
Pour moi qui n’avais pas acheté d’écran de jeu de rôle depuis longtemps (le dernier était l’écran de Vermine… ou d’Archéos… bref !), quelle surprise de découvrir un écran en format paysage. Parfaitement ! Trois volets en A4, mais à l’horizontal ! C’est pour moi une petite révolution… et je ne vous le cache pas, une petite crainte au départ : « mais, mes joueurs vont tout voir derrière ! » (oui, je fais partie de ces Gardiens qui planquent réellement des trucs en lien avec la partie derrière l’écran… qui du coup, n’est pas de fumée !).
Et bien, coup de génie, pas du tout ! Cette dimension est idéale pour mettre à l’abri des regards scrutateurs ce qui doit l’être, sans être obligé d’installer son fondement sur deux, trois coussins pour garder la tête au-dessus du-dit écran sans se lever de sa chaise ! Qui plus est, fini le « cartonné » si louvoyant d’antan, place à du rigide au maintien impeccable ! Une très belle entrée en « matière » si j’ose dire.
Cet écran, illustré par Mariusz Gandzel, officiant dans le passé sur Shadowrun et Pathfinder, oriente les joueurs sur le côté cauchemardesque, apocalyptique, sombre du jeu de rôle l’Appel de Cthulhu : des sectateurs réunis en cercle, torche à la main, autour d’un autel impie à qui on a sacrifié des humains, voient se déchaîner les éléments autour d’eux. Le ciel s’est assombri, quelques tornades même se sont levées, et la foudre charge l’édifice de pierre, réveillant quelques noirs tentacules.
Dans cette cuvette entourée de montagnes, la nature n’est pas épargnée et ce n’est pas le fleuve blanchâtre de l’arrière-plan qui pourra laver les marécageuses branches et arbustes de ce lieu. Les autres « vivants », comme appelés par ce rituel, n’ont plus guère grand-chose d’humain. Nus ou difformes, fous entichés de créatures néfastes, même les tentacules semblent sortir de terre, attirées par le sang qui coule dont ne sais où ! C’est oppressant, noir… apocalyptique ! Ce qui correspond aux grandes scènes sans espoir des fins de campagne de ce grand jeu de rôle.
Toutefois cette illustration coince l’imaginaire des joueurs : qu’y avait-il avant ? qu’y aura-t-il après ? qui peut encore faire quelque chose ? ces questions n’enclenchent aucune réponse, ne soulèvent pas l’imagination des joueurs à la vue d’une illustration peut-être plus à sa place en intérieur de bouquin qu’en façade d’écran, clôturant plus qu’elle n’ouvre ! En ce sens, et au goût de nos tablées, l’écran de base emporte davantage dans l’univers de l’Appel de Cthulhu que celui-ci. Dommage, mais ne perdons pas espoir, vos goûts ne sont pas les miens : regardez et jugez.
À l’intérieur, les tables que l’on attend de trouver ! Tout est cadré, rangé et une fois encore, les renvois aux numéros de pages du livre de base se trouvent enrichis des renvois aux numéros de pages du livre de base – 30e anniversaire, comme dans l’écran de Delta Green. Ainsi, tout peut toujours se retrouver et c’est bien pratique.
Par contre, point de feuilles de personnages ni de livret récapitulatif pratique également que l’on trouvait dans les Accessoires du Gardien… aïe, faudrait-il donc acheter les deux écrans pour tout avoir ? Après tout, c’est un cadeau d’anniversaire, quand on aime, peut-être qu’on peut ne pas trop compter ?… peut-être…
Qu’en dira-t-on ?
Le scénario qui accompagne cet écran est un inédit. Et pas n’importe lequel, car ce scénario a remporté le Trophée du Meilleur Scénario 2008 aux Utopiales de Nantes. Belle référence ! La Quête d’IRA, non ? (c’est son titre) voit les investigateurs fricoter avec l’IRA, à Dublin même, un mois après les événements du Bloody Sunday, en 1920.
Dans une ambiance où la suspicion règne en maître, en pleine guerre civile, certains des occupants anglais semblent préoccupés par de bien maléfiques intentions. S’approcher du Mythe en fouillant la bibliothèque où se trouve le mythique Livre de Kells ou les souterrains si « profonds », tout en esquivant les Black & Tans, milice barbare au service de la Royal Irish Constabulary… il n’y aura que peu de répit dans ce scénario qui se mène tambour battant et qui, malgré tout, réussit à être un parfait scénario d’introduction. Et ce qui se trouve au bout n’est qu’un début !
Développant le cadre très original qu’est l’Irlande en pleine guerre d’indépendance, ce scénario, pas trop dirigiste, est très complet : investigation, action, exploration, interaction et mythe, tout y est, et de bien bonne facture : les illustrations à l’intérieur sont plaisantes et les encarts historiques porteurs de sens pour la mise en jeu ! Une réussite !
Mon avis
Si l’écran peut décevoir un peu par son illustration, il faut avouer que sa très bonne facture rassure. Comme le scénario qui y est joint est très bon, on se trouve finalement bien content de son achat. Et puis, il faut bien l’avouer, avoir les deux écrans permet de sortir ce dernier au moment du final, pour appuyer encore l’ambiance définitive de ces instants ! Si ça, c’est pas la classe ! Alors, bon anniversaire, vénérable ancien, et merci Sans-Détour !