Propulsé au devant de la scène ludique pour avoir créé le jeu Dominion, père du deckbuilding, qui a connu un succès mérité de par le monde, Donald X. Vaccarino revient avec un nouveau titre.
Forcément cela attire toute notre attention. Fidèle à sa volonté affichée de créer des jeux aux possibilités multiples, Kingdom Builder propose plusieurs milliers de configurations possibles qui donneront à chaque partie une saveur unique.
Force est d’avouer qu’avec de tels arguments, l’arpenteur des tables de jeux ne peut qu’avoir la bave aux lèvres avant d’ouvrir sa boîte de jeu.
Ainsi, Kingdom Builder se joue de 2 à 4 joueurs dans lequel les participants devront marquer le plus de points en plaçant astucieusement leurs bâtiments.
Matériel
On ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre la couverture de Dominion et de Kingdom Builder : visiblement le Moyen Âge inspire notre auteur. Le graphisme est sobre et élégant.
Le jeu comprend huit plateaux de jeu qui présentent une géographie différente ainsi que des lieux propres. Vous y trouverez, au verso, une piste de score : un plateau inutilisé durant la partie sera donc retourné pour compter les points.
Seuls quatre sont utilisés par partie, leurs contours à base d’hexagone permettent de s’emboîter aisément. Pour chaque plateau correspond une large tuile apposée à côté de celui-ci, avec de clairs pictogrammes reprenant les spécificités du lieu en question ; une sélection parmi les 28 tuiles plus petites sera posée directement sur les lieux.
Le jeu comprend 25 jolies cartes Terrain, 10 cartes Personnage qui décideront des conditions de victoire, un pion Premier Joueur, 160 petites maisons en bois (40 par joueur) et quatre marqueurs de score, un par joueur à sa couleur. Des jetons doublons, événements et Maître du Commerce sont également présents, le tout dans un thermoformage adapté et pratique.
La boîte est bien remplie, le matériel est de qualité, sans atteindre des sommets, mais l’ensemble est beau.
La course aux points
Avant de commencer la partie, il convient de choisir aléatoirement ou non quatre plateaux parmi les huit existants ainsi que trois des dix cartes Personnage pour connaître la manière de scorer durant la partie.
Par lieu (spécifique à chaque plateau), vous poserez deux petites « tuiles Lieu » : les joueurs pourront les acquérir en cours de partie en construisant à côté du lieu. Les pouvoirs obtenus dans ces lieux pourront être utilisés chaque tour.
La mécanique du jeu est enfantine (ou presque). À son tour, un joueur doit poser trois maisons. Pour ce faire, il doit retourner la carte Terrain préalablement piochée pour savoir sur quel type de terrain il doit construire.
Il existe cinq types de terrains constructibles (prairie, canyon, désert, champ de fleurs et forêt) ; la mer et la montagne ne sont pas constructibles et n’apparaissent donc pas sur les cartes. La règle veut qu’il pose toujours ses maisons adjacentes à celles déjà construites : s’il ne le peut pas, il peut choisir un autre lieu du plateau contenant ce type de terrain et s’y installer en ignorant la règle de proximité.
Une des finesses du jeu vient du fait qu’il sera bon de vous bloquer sciemment afin de pouvoir vous installer à divers endroits du plateau. Les lieux conférant des pouvoirs et les châteaux rapportent trois points et, vu qu’ils sont disséminés sur tout le plateau, un développement étendu est souvent la clé du succès.
Mille et une façon de jouer
Là où le jeu fait très fort, c’est que les pouvoirs conférés par les lieux vont différer d’une partie à l’autre, tout comme la manière de marquer des points (hormis les trois points immuables gagnés si vous êtes à côté d’une cité) grâce à la sélection de quatre plateaux parmi les huit et de trois cartes Personnage parmi les dix.
Pour mieux cerner la variété des divers lieux et personnages, je vais vous énumérer de manière brève les facultés de quelques-uns :
Les lieux : l’Oracle permet de construire une maison supplémentaire sur le type de terrain joué, la Ferme une maison gratuite en prairie, l’Oasis idem mais sur le désert, la Tour un bâtiment en bordure de plateau en plus, le Port vous permet de déplacer une maison du plateau sur une case mer, etc.
Les personnages : les Mineurs : vous gagnez un point par bâtiment adjacent aux montagnes. Le Marchand : relier des lieux ou des châteaux par une chaîne ininterrompue de maisons rapporte quatre points. L’Explorateur : vous gagnez un point par ligne horizontale du plateau où se trouve au moins une de vos maisons. Les Seigneurs confèrent des points aux joueurs majoritaires sur chaque partie du plateau (le plateau est composé de quatre parties), etc.
Quand un joueur n’a plus de bâtiment en main, on termine le tour de jeu et on procède au décompte des points.
Mon avis
Kingdom Builder m’a beaucoup plu. C’est un très bon jeu semi-familial aux règles très abordables et à la réflexion réelle. Le hasard de la pioche oriente vos choix, mais les possibilités restent réelles et stratégiques : c’est en cela que le jeu se révèle tout public et permet d’initier des non-joueurs ou joueurs occasionnels à notre passion.
Pour les hardcore gamers, le jeu, par son guidage des choix à l’aide de cartes, peut frustrer. La chance a aussi son mot à dire et, sous ses airs de jeu à l’allemande, Kingdom Builder n’en est finalement pas un.
En résumé, Kingdom Builder est un très bon titre pour joueurs occasionnels et pour ceux qui ne sont pas contre un peu de légèreté. Il a pour lui un énorme potentiel de renouvellement des parties et pour principal défaut un comptage des points en fin de partie qui peut être fastidieux selon les conditions de victoire.
La plus grosse force du jeu provient du fait qu’en fonction des cartes Personnage, vous jouerez à un jeu de majorité, de placement, de relais (un peu à la « Les Aventuriers du Rail », etc.) : les cartes ont un réel et profond impact sur votre manière d’appréhender ce titre.