Vous aimez les petites bêtes qui montent qui montent qui montent
à base de pattes, de poils, qui font bzzz, sautent partout et font hurler la gente féminine (non point de machisme, j’ai moi aussi peur des grosses mygales !)
Alors Asmodée a pensé à vous. D’abord édité par Gen42, voilà que l’éditeur français décide de ressortir Hive, en le renommant Hive Carbon. Oui, à l’oreille ça fait plus d’jeun non ? (Bon, c’est aussi parce qu’il y a deux mini-extensions incluses et une refonte des couleurs, faut dire.)
Présentation du matériel
Nous sommes donc en présence d’un petit jeu abstrait pour 2 joueurs avec du thème dedans. Oui certes, « jeu abstrait » et « thème » sont deux mots qui ne vont pas bien ensemble… mais quand même. Vous allez devoir former une ruche et essayer de capturer la reine abeille : pour ce faire, vous allez être aidés de plein d’insectes divers tels que le criquet, l’araignée, les scarabées etc. Oui oui. Si le thème est loin d’être sexy au premier regard (« tu plaisantes chéri, me faire jouer avec des araignées, tu m’as regardé ?! »), ce jeu se révèle très prometteur !
Dans la ruche
À l’ouverture de la boîte, on trouve un splendide sac rond, très solide et sympa comme tout, déjà présent dans la version originale mais en différent. Idéal pour ranger le matériel et emmener le jeu partout. Le matériel principal du jeu est constitué essentiellement de tuiles. Oui mais de superbes grosses tuiles hexagonales épaisses, très solides, à base de céramique ou autre truc du genre (pas de tuiles en bois en somme, ne me demandez pas la matière, je suis nul aux devinettes). Très agréables au toucher, assez lourdes pour résister au vent, c’est un plaisir à manipuler et elles sont vraiment d’une qualité très appréciable. On retrouve deux couleurs principales : le blanc et le noir. Sur chaque tuile sont donc représentés des petits zanimos. Ici, le choix est celui du bicolore : sur fond blanc, ils sont en noir, et inversement. Dans la version originale, on avait droit à de la couleur, du coup pas évident de repérer sa pièce avec la bonne couleur vu qu’il fallait regarder le fond ; ici on se concentre vite sur ses propres pièces. Une gymnastique des yeux agréable et confortable, un choix judicieux !
Pour ce qui est des illustrations gravées dans la tuile, on retrouve le même dessin. Je ne parlerai pas de « beaux dessins » ou de « beaux graphismes », ce sont des insectes dessinés simplement avec des traits simples mais permettant quand même de bien identifier les bestioles.
Le tout est rangé dans une boîte avec thermoformage adapté pour ranger chaque pièce. Oui, c’est au choix : dans un sac ou dans une boîte ! Mais il faut laisser le sac dans la boîte pour bien garder les pièces dans leur thermo. Enfin, vous trouverez une règle en français très bien faite, avec illustrations comme il faut, explications, points précis et cas de figure. Ne posant pas de problème particulier, que pouvons-nous reprocher à cette édition ? Pas grand-chose au final. Les quelques placements à mémoriser se retrouvent très vite sur les règles, et en quelques tours de jeu ils sont assimilés.
Une ruche en ébullition
Le principe du jeu est simple : il faut capturer la reine. Pour ce faire, elle doit être complètement entourée d’autres créatures, de la couleur adverse ou même de sa couleur. Au départ du jeu, chaque joueur place deux pièces côte à côte. C’est le seul moment de la partie où un joueur aura le droit de poser une pièce en collant une pièce adverse. Pour le reste, à partir du moment où l’on pose une tuile (et pas déplace une), on doit le faire à côté d’une de ses pièces.
Une fois assemblée, la ruche est formée. À son tour de jeu, on peut soit poser une pièce soit en déplacer une. Au départ, on possède onze créatures (treize si on ajoute les deux créatures de l’extension).
Il existe cinq types de créatures se déplaçant chacun d’une façon différente :
- La reine : elle ne se déplace que d’une case autour d’une autre pièce, le long de l’arête d’une tuile hexagonale.
- L’araignée (×2) : comme la reine, mais elle se déplace obligatoirement de trois cases, pas une de plus ni une de moins.
- Le scarabée (×2) : ne se déplace que d’une case mais a la particularité de pouvoir se déplacer sur une tuile et immobiliser celle-ci.
- Le grillon (×3) : mouvement particulier ; pour se déplacer, il doit sauter au-dessus de n’importe quel nombre de pièces et atterrir sur une case inoccupée.
- La fourmi soldat (×3) : super puissante, elle se déplace n’importe où autour de la ruche.
Certaines règles spécifiques sont à respecter pendant les mouvements : on ne peut pas scinder en deux la ruche, par exemple, ou le mouvement doit se faire en glissant, c’est-à-dire jamais en forçant un passage en écartant des tuiles.
Pas plus compliqué que ça, le jeu s’explique donc assez rapidement, à condition de bien retenir ce que fait chaque créature. Mais thématiquement parlant, c’est bien pensé : il faut imaginer que le grillon saute, que la fourmi marche beaucoup… avec un peu d’imagination on pourrait presque dire que c’est thématiquement respecté, mais faut pas exagérer !
Mon dieu, une araignée droit devant !
Ce qui surprend lors des premières parties est la durée. En effet, il n’est pas rare d’en boucler une en moins de quinze minutes. Alors certes on pourrait cogiter sur chacun de ses coups, mais elles s’enchaînent vraiment rapidement… ou pas selon les joueurs.
De même, alors qu’on pourrait penser que onze pièces, c’est peu et que les parties vont vite se ressembler, on est assez surpris au départ par la richesse stratégique que renferme le jeu. Vrai creuse-méninges, n’allez pas croire que le jeu est super simple, sous ses airs sympathiques de petites créatures. On est face à un vrai jeu abstrait pouvant rappeler au départ les échecs ou autres, de par la spécificité des pièces. On y retrouve la joie d’un placement de départ adapté, des attaques en règle ou des défenses bien réfléchies. Chaque pièce a un rôle clé intéressant, et c’est à vous de décider du moment opportun pour faire entrer telle ou telle pièce au bon moment, que ce soit pour attaquer ou défendre. Il n’est pas rare, par exemple, de garder ses moustiques pour la fin. Énormément de stratégies sont envisageables ; comment je protège ma reine ? Je peux créer des trous autour d’elle qui vont empêcher les insectes se déplaçant sans saut de venir (du fait du mouvement obligatoire en glissant).
Plusieurs parties seront nécessaires pour extraire tout le nectar stratégique de la ruche qui se forme devant vous. (Elle est facile, je vous l’accorde.)
Encore plus de créatures
Évidemment, ressortir un jeu tel quel pourrait ne présenter aucun intérêt si ce n’est pas pour faire quelques modifications ou ajouts. C’est chose faite avec cette édition. En effet, vous trouverez en plus deux créatures sorties sous forme de mini-extension dans la version précédente :
La coccinelle, qui se déplace un peu à la manière d’un cavalier aux échecs : elle doit grimper sur deux autres pièces, puis redescendre d’une. Très puissante car couvrant un champ de déplacement aussi large que la fourmi voire plus, car elle peut ainsi s’intégrer dans les espaces infranchissables par un simple déplacement. Imprévisible, elle n’existe qu’en un seul exemplaire mais peut s’avérer redoutable.
Le moustique, qui pique l’ADN d’un voisin… ben oui, ça suce le sang ! Thématiquement ça colle non ? En gros, on le place et il pique les capacités de la créature voisine. Vous le déplacez à nouveau avec les caractéristiques acquises et hop, il vient en piquer d’autres… Très redoutable également.
À signaler que l’ajout de ces deux nouvelles créatures n’est pas recommandé lors des premières parties. Déjà que le potentiel du jeu est assez énorme avec les cinq créatures, le fait d’intégrer ces deux-ci change la physionomie du jeu et le cours classique des parties, donc des stratégies. Un vrai plus vraiment bienvenu dans cette édition.
Mon avis
Amateurs de jeux abstraits, aimant repousser les limites du nombre de tours calculés à l’avance, appréciant écraser son adversaire par votre vision étriquée du jeu, et éprouvant un plaisir sans fin à mettre en place des super coups… Hive Carbon se doit d’être dans votre ludothèque au rayon abstraction mais avec un peu de thème quand même. Asmodée a pris soin de sortir une version toute belle, toute fraîche, avec ses deux mini-extensions en plus s’il vous plaît. Simple d’accès après avoir pris connaissance des mouvements, il se révèle un vrai creuse-méninges, un vrai jeu de réflexion suffisamment riche pour un renouvellement important, des configurations de jeu variées, des parties serrées et des prises de tête bien comme il faut. Un vrai régal pour les amateurs du genre ; ce serait vraiment dommage de passer à côté !