Cléopâtre…
Votre reine demande un palais. Vous êtes architecte et allez le lui offrir. Mais vous allez aussi essayer de vous remplir les poches par la même occasion en construisant les plus beaux éléments de ce palais. Vous utiliserez vos artisans et vos ressources, mais parfois les ressources seront volées, les artisans corrompus… Vous serez corrompu !
Actuel me direz-vous ! Et bien non, cela a deux mille ans et se passe en Égypte.
À cette époque, votre honnêteté aurait-elle résisté ? Auriez-vous craqué pour rester dans la course à l’argent ? Jusqu’où auriez-vous été ?
Je vous le demande.
Non, ne répondez pas encore, attendez d’avoir joué à « Cléopâtre et la société des architectes ».
Qu’y a-t-il sous le capot ?
Du « Days of Wonder », bien sûr !
Que dire ! Matériel pléthorique et de qualité. La boîte déborde d’éléments de jeu. Et pas des cubes en bois !
On y trouve :
– deux plateaux,
– douze mosaïques sacrées (pentominos, tous différents),
– neuf murs avec colonnes,
– deux obélisques,
– six sphinx,
– deux montants de porte,
– un trône et son piédestal.
Vous en voulez encore ? Et bien tenez !
On trouve aussi :
– dix statues d’Anubis,
– une figurine de Cléopâtre,
– 110 cartes,
– des amulettes de corruption,
– des marchands du Nil,
– des talents d’or,
– cinq dés « grand prêtre »,
– cinq pyramides de corruption…
Comme toujours chez Days of Wonder, l’accent est mis sur la qualité. Vous trouverez tout ce que vous devrez construire, en trois dimensions. Pas comme au cinéma, non, en vrai. Tout est en plastique rigide, de bonne facture avec détails et la boîte est très bien décorée. Le seul bémol, à mes yeux, est l’absence de rangement décent. Il faut avouer que pour remballer la bête, on met souvent plus de temps que pour déballer. Il faut recaser tout cela sur un espace pas forcément optimisé. À réfléchir pour les bricoleurs.
Le premier des amusements consiste déjà à sortir tout l’arsenal de la boîte. Puis de retourner la boîte ! En effet il faut la placer sur la table en tant que décor de jeu. L’un des plateaux se place devant et l’autre sur la boîte retournée. Tout ceci crée un grand et bel espace de jeu. On n’a plus qu’une envie, construire !
Le plateau du bas (celui qui est sur la table) propose d’y construire les deux obélisques, l’esplanade des sphinx ainsi que les montants de porte (qui sont accolés à la boîte retournée). Tout autour de la boîte, on peut construire des murs. Et enfin sur le plateau du dessus (celui qui est posé sur la boîte) on peut construire le trône et son piédestal ainsi que les mosaïques sacrées dans les jardins.
L’installation, même si elle peut paraître fastidieuse, est toujours un régal. On se dit quand même qu’il y a un sacré matos !
Et en plus c’est pas compliqué
Alors là pour le coup, on est dans le simple. Dans la lignée des « Aventuriers du rail », les joueurs piochent ou posent. L’une des deux actions, au choix. Soit on pioche des cartes (visite du marché), soit on utilise les cartes en main pour construire un (ou plusieurs) élément du palais (visite de la carrière). Chaque élément nécessitant une recette précise.
L’action de piocher consiste à ramasser toutes les cartes d’une colonne. Trois colonnes sont formées au départ et sont renflouées (chacune d’une carte) à chaque tour durant lequel quelqu’un a pioché. La limite étant de dix cartes en main. Si on veut en garder plus (même le simple fait de dépasser d’ailleurs) on doit prendre des amulettes de corruption. Ça y est, ça commence, la corruption ! Je vous l’avais dit. Ça ne va pas être facile…
Certaines cartes sont corrompues (petit logo dessus) et vont aussi amener des amulettes si vous les utilisez pour construire… ça continue ! Et déjà je dois choisir si je prends cette grande colonne de cartes parce qu’il y a les ressources dont j’ai besoin, mais aussi malheureusement de la corruption, ou cette colonne de trois cartes qui ne m’intéressent pas trop…
Parce que la corruption, c’est pas bien ! Pas trop, non. La corruption ça peut vous sortir d’affaire, mais à trop jouer avec le feu, on se brûle. En fin de partie l’architecte le plus corrompu sera jeté en pâture aux crocodiles !!
Et comme chaque amulette gagnée par un joueur est glissée dans sa pyramide (comme une tirelire) et donc cachée, on ne sait pas toujours qui est le plus en danger.
Chaque élément construit rapporte des sous (talents). Et à chaque fois qu’un type d’élément est construit et donc fini, la petite Cléopâtre avance d’une case au milieu de l’esplanade des sphinx. Quand elle arrive au bout… inspection du palais, crocodiles pour le plus corrompu et victoire pour le survivant le plus riche.
Alors on oscille entre prendre plein d’argent, mais forcément de la corruption, et moins d’argent en optimisant les choix de cartes, mais avec aussi moins de corruption. Car il n’est pas rare que le plus riche soit celui qui se fait dévorer, et c’est logique, car il ne se sera pas privé de construire, il aura utilisé tout ce qui lui tombait sous la main. La subtilité étant donc de ne pas avoir peur d’utiliser la corruption à condition d’être au moins deuxième (c’est le premier, le plus corrompu qu’on jette), car c’est souvent cette corruption qui fait de nous des gens riches. Actuel ? Je vous ai dit non… très ancien !
Mon avis
Ce jeu de Bruno Cathala et Ludovic Maublanc est une très bonne pioche dans l’univers des jeux grand public. Tout d’abord les illustrations de Julien Delval sont de qualité. Le matériel est irréprochable et permet de toucher un grand public. Les non-joueurs y sont très sensibles. Les règles sont simples, très simples. Les tours de jeu, rapides. On a l’impression qu’il y a toujours quelque chose à faire.
On peut toujours reprocher tel ou tel aspect à un jeu, mais celui-ci est mon coup de cœur du dimanche aprèm en famille. Ce jeu m’a permis d’initier des amis (et la famille) à l’univers des jeux de société, car il est plaisant. Et c’est un fervent adepte de jeux de gestion à l’Allemande qui vous dit : « Au diable les petits cubes partout, à bas l’austérité, réjouissons-nous de poser un obélisque ici, de sculpter un sphinx là. D’expliquer un jeu en dix minutes et de voir des visages béats d’admiration devant un palais en construction. Et puis peut-être qu’à force de jeux de cette qualité, ils y viendront, jouer avec mes petits cubes en bois partout. Parce que j’aime bien quand même. »
Vous l’aurez compris, à l’heure où les jeux d’intense réflexion font peur, « Cléopâtre » est régulièrement sorti de son placard et orne fièrement la table du salon.
Actuel ? Ça, oui !