Cours. Plus vite. Cours. Ne te retourne pas. Eliane passe le coin de la rue, une boule dans son ventre et son estomac. Elle tremble. Non, elle n’est pas folle. Elle l’a bien vu : ce chien sans poil, au corps planté de chaînes cliquetantes, une odeur très forte de soufre… le souffle du Mal, c’est ce qu’a dit le prêtre d’Abel. Non. Non. Elle hurle tandis que la chose se jette sur elle et la dévore.
Ceux qui marchaient parmi nous
Ceux qui marchaient parmi nous est un supplément pour Anima, beyond fantasy. Le sous-titre, Volume 1, sous-entend qu’il y aura effectivement une suite. Car, sous ce titre fort poétique et trompeur pour ce type de document, se cache en réalité un bestiaire. Les auteurs avaient un projet ambitieux : en faire un supplément d’ambiance, au-delà de la simple liste de monstres. Pari réussi ? Cela dépend.
Prise en main
La couverture est superbe : un ange replié sur lui-même, sa très longue chevelure l’enveloppant, ses ailes refermées autour de lui. Le tout en nuances de blanc, une impression profonde de calme et de pureté, avec une touche de désespoir. Les mots « Ceux qui marchaient parmi nous » sont inscrits au bas de l’image. Cet ensemble m’a d’abord fait penser à un supplément plus spirituel d’Anima. Cette couverture est l’œuvre de Wen-Yu Li (alias Wen-M), qui a signé toutes les couvertures et un grand nombre des graphismes intérieurs de la gamme.
Quelques généralités sur les bestiaires
Si les bestiaires ne sont pas apparus au Moyen Âge, ils y ont été popularisés : ornementations dans les manuscrits (dragons, ours…) ou livres à part entière. Pour en savoir plus, je recommande Bestiaires du Moyen Âge de Michel Pastoureau (octobre 2011).
Dans le jeu de rôle, ils furent popularisés avec Dungeons & Dragons. Depuis, d’autres jeux se sont enrichis de suppléments similaires : Malleus Monstrorum pour l’Appel de Cthulhu, les deux Bestiaires pour Pathfinder, et celui-ci, Ceux qui marchaient parmi nous pour Anima.
Contenu du supplément
De tous les bestiaires que je connais, Anima n’est pas le meilleur, mais il tient une place honorable. L’ambition d’en faire un supplément d’ambiance est expliquée en introduction, mais n’est qu’esquissée. Pour moi, le meilleur exemple reste le bestiaire de Warhammer (2ᵉ édition française) : chaque créature était développée sur plusieurs pages avec divers points de vue (rumeur populaire, savants, voire le monstre lui-même !).
Ici, les textes d’ambiance et idées de scénarios accompagnent les monstres, tous illustrés : bonne idée, mais méritant d’être plus développée ou généralisée à toutes les espèces.
Le bestiaire classique à la D&D ou Pathfinder présente les créatures classées alphabétiquement, illustrées, avec écologie, statistiques et comportement en combat (majoritairement). C’est ce contraste entre l’ambition d’ambiance et le traitement « statistique » qui déçoit légèrement.
Quelques exemples
Gwyllgi : chien infernal de niveau 3, infatigable, 110 points de vie, classe Assassin. Folklore des forêts albériennes : invisible à moins de décider de vous traquer. Le simple fait de croiser son chemin vous condamne… Un monstre implacable pour débutants.
Le bestiaire contient aussi des classiques (esprits élémentaires, fées, sirènes, dragons, minotaure…) et des éléments inattendus (drones, machines, onis, Rudraskha la personnification des tempêtes…). Une jolie galerie prête à enrichir vos scénarios.
Mon avis
Ceux qui marchaient parmi nous est un bon supplément, quasi indispensable pour maîtriser le surnaturel d’Anima. Visuellement très beau et agréable à prendre en main, il reste utilitaire et donne quelques pistes de scénarios ou de role-play si vous prenez le temps de les développer.
Cependant, le pari d’un véritable supplément d’ambiance n’est pas totalement tenu : j’aurais préféré moins de créatures, mais mieux développées. Néanmoins, un bon investissement pour tout maître de jeu d’Anima et un très beau document dans tous les cas.