JDR – Anima

L’enfant s’extirpa des décombres de sa maison. Elle toussa, cherchant vainement du regard quelqu’un de vivant. Les larmes lui vinrent. Au lieu du bosquet sacré, au centre du village, il n’y avait plus rien. Les hommes de l’Église nouvellement arrivés avaient interdit aux adultes de célébrer la fête du solstice, ils criaient des mots comme « hérésie ». Pourtant, la vieille Margot, la robouteuse, celle qui secrètement priait les anciens dieux leur avait dit : un grand malheur s’abattrait si le rite du solstice d’été ne pouvait avoir lieu…

Ils n’ont pas écouté.

« Hérésie », ils ont crié.

Le Chaos Déchaîné

Et la chose est sortie de terre…

Elle a tout ravagé maintenant que sa prison était brisée. Le corps du gentil père Laurent, leur prêtre depuis si longtemps, lui qui croyait la vieille Margot, est visible, allongé sur ce qui fut le parvis de l’église. Dame Allia, la barde… non… elle n’a plus de jambes…

L’enfant éclate en sanglot. La peur et l’horreur battent dans ses tempes. Tous morts, tous…

Elle émerge des ténèbres. La désolation de son village est toujours là. Tous morts, tous.

Survie et Vengeance

Elle attrape dans les décombres de la maison, l’ancienne forge du village, de quoi se défendre, mais surtout manger. Elle ne sait pas encore manier une épée. Pas encore.

Cette chose, elle la retrouvera. Et elle paiera.

Anima, beyond the fantasy

Anima, beyond the fantasy, est un des jeux les plus en vue de ces dernières années. Il se décline sous la forme du jeu de cartes, du jeu de figurines (Anima Tactics) et du jeu de rôle. L’univers a été créé par une équipe hispano-japonaise, ce qui en fait un monde inspiré à la fois des traditions européennes et extrême-orientales. Armé de cette thématique forte, il propose de jouer durant les temps troublés de la fin de l’empire d’Abel, empire qui unifiait le monde durant de nombreux siècles. Orienté manga dans ses illustrations et ses possibilités techniques, il est une des très bonnes surprises de ces dernières années, malgré quelques déceptions.

Un jeu manga

Une couverture sombre présentant un champ de bataille. Au premier plan, une jeune femme sale et ensanglantée, aux cheveux blancs, tient une épée pointant vers le lecteur. Son regard rougi (ou rouge ?) semble agressif et en même temps désespéré. Un brouillard englobe la plaine, d’autres guerriers se battent en arrière-plan. Le programme du jeu est posé : Anima est un jeu d’action, de quêtes épiques et de défense de ses idéaux, surtout si on n’est pas tout à fait humain…

Actuellement, l’édition publiée par Edge porte un bandeau noir qui entoure le titre. Il s’agit de l’édition révisée. Pas de panique pour tous ceux qui ont la version avec le bandeau noir, qui est celle de la première édition. Vous pouvez toujours trouver les ajouts et modifications sur le forum de Edge.

Contenu et Illustrations

À l’intérieur, le jeu est un vrai plaisir à prendre en main. Il est beau, coloré, plein d’illustrations très bien faites : il faut cependant reconnaître qu’elles ne plairont pas à tout le monde. Anima est du manga : des illustrations à la fois très poétiques, mais contrastant avec d’autres beaucoup plus aguicheuses de pauvres jeunes filles en détresse. Cela forme un tout, parfois surprenant, rarement de mauvais goût.

Le Monde d’Anima

Et l’homme oublia…

Personne ne peut dire ce qui arriva, ni comment. Cependant, il ne reste aujourd’hui sur Gaïa que les vestiges de civilisations anciennes, complètement ensevelies. Sur ses ruines se sont construites différentes civilisations. La plus puissante d’entre elles, le Sacro-saint Empire d’Abel, dominait le monde il y a peu encore. Porteurs du message du Christ et de son Église, ils ont tenté d’unifier Gaïa sous leur joug, tout en interdisant les différentes pratiques magiques. La venue sur le trône d’une enfant a excité les différents Seigneurs de Guerre, administrateurs des provinces d’Abel, qui sont tous entrés en guerre et chacune d’entre elles s’est déclarée indépendante.

C’est dans ce contexte de guerre et de suspicion – l’Inquisition étant partout pour défendre l’Église – que les joueurs commencent à explorer le monde. Beaucoup de PJ étant des magiciens, ils risquent fort de devoir en découdre rapidement. Au fond, c’est bien cela être un joueur, non ?

Création de personnages

Le jeu, très intéressant jusque-là, « pêche » vraiment sur ce point. Si Anima permet de jouer tout ce que l’on rêve, il n’empêche que la création de personnages demande au moins son Bac JDR pour être comprise… Il faudra un bon moment à un MJ expérimenté pour prendre en main le système, je ne vous parle donc pas des débutants. C’est malheureusement pour cela que ce jeu ne peut pas être conseillé aux nouveaux venus dans l’univers du JDR.

Si les humains dominent aujourd’hui le monde, il semble qu’ils n’aient pas été les seuls à le fouler. Il est possible d’incarner un Nephilim, un descendant d’une autre race. Ainsi, les personnages peuvent donc avoir du sang d’elfe (Sylvain), de géant (Jayan), de céleste (Ebudan)… Cela enrichit le jeu, même s’il vaut mieux éviter la multiplication de ces races à table, puisqu’elles sont censées être mythiques.

Ensuite, au niveau des classes, plusieurs choix sont possibles. Tout d’abord, les classes de type combattant : Guerrier, Guerrier acrobate (spécialisée dans l’attaque de dos de l’adversaire), le Paladin, le Paladin noir, le Maître d’armes et enfin le Virtuose martial (qui utilise des points de Ki, forme de pouvoir, pour améliorer ces capacités) et le Tao (spécialiste des arts martiaux).

Ensuite, on trouve les classes que je qualifierais de roublard : Explorateurs, Ombres, Voleurs et Assassins.

Enfin, les différents types de lanceurs de sorts, comme le Sorcier (capable d’altérer la réalité), le Mage de Bataille, l’Illusionniste, le Convocateur, le Mentaliste (qui utilise ses capacités mentales) et leurs différentes variantes (Guerrier convocateur, Guerrier mentaliste…).

Système de jeu

La base du jeu est assez simple : les joueurs doivent battre une difficulté en lançant 1d100 + compétence appropriée. Jusque-là, c’est assez simple. Sauf qu’il faut rajouter les manœuvres de combat, les pouvoirs psychiques, le ki, les différents sorts et créatures à convoquer, qui ont toutes des caractéristiques propres…

Par contre, point fort : les pouvoirs psychiques et le ki, qui permettent de retranscrire l’ambiance manga : vous voulez écraser votre adversaire par la force de votre volonté, comme le Chevalier de la Vierge ? Eh bien ce sont des points de ki. Vous rêvez de faire un kamehameha comme Sangoku mais vous avez raté Dragon Ball rpg ? C’est possible également, Anima est là pour cela !

En gros, Anima permet de faire quasiment tout ce que l’on veut, mais il faut d’abord réussir à maîtriser le système de règles (pour exemple, plus de 500 sorts sont disponibles). Une fois cette étape franchie, ce n’est que du plaisir !

Partie du MJ

Elle représente environ la moitié du livre de base. Comme c’est une partie à secrets, je ne la développerai pas ici. Néanmoins, elle est riche et permet de construire un grand nombre d’intrigues dans une foultitude de styles. On touche à la fois au mystique comme aux intrigues de cours, développant un univers qui s’avère très prometteur. Par contre, elle ne comporte aucun scénario, ce qui est très dommage. Cela aurait permis une meilleure prise en main au MJ débutant, bien qu’Anima ne soit pas réellement fait pour eux.

Il est également possible de trouver un bestiaire d’une vingtaine de créatures, plutôt bien construit. On y trouve des monstres assez classiques (les élémentaires) et d’autres qui le sont un peu moins (le Grendel). Cela permet de construire et de développer des rencontres avec des non-humains, voire de créer des scénarios de légende où vont les joueurs vont défier telle ou telle abomination.

Mon avis

Fan de manga de toutes les nations, unissez-vous, car Anima est fait pour vous ! Soutenu par un thème fort, la mécanique permet une myriade de possibilités. Son défaut est qu’en retour, elle est très dure à prendre en main, et la création de personnages s’avère plus que difficile. C’est un cap malheureux à passer, qui plaira aux amateurs de mécanique rôlistique, mais en fait un jeu que l’on peut difficilement conseiller aux débutants, malgré sa grande richesse. Anima reste cependant un des jeux les plus forts de ces dernières années.

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