« Venez ! Vite et en silence ! » La lourde porte de la cellule venait de s’ouvrir, laissant passer quelques filets de lumière, permettant à mes yeux de retrouver une utilité après plusieurs jours dans l’obscurité totale. Sur le seuil se tenait un homme fin et plutôt grand. Je n’arrivais pas à distinguer son visage et mes yeux me brûlaient tellement que je ne pouvais de toute façon pas apercevoir grand-chose.
Tel un automate je me levais et déambulais vers la sortie. L’homme me prit l’avant-bras et me traîna de force à travers les couloirs, puis dans des passages de plus en plus petits, de plus en plus sombres. Je rassemblais toutes mes forces pour pouvoir le suivre, de là à m’échapper. Il marqua une pause, alluma une torche et me tendit trois objets plats que j’eus du mal à identifier.
« C’est à vous, ça ? »
Un petit livret d’une vingtaine de page, un bout de carton coloré et apparemment une carte, avec mes habits loqueteux voilà mes seuls possessions. Oui c’était bien à moi, j’avais également le livre du jeu de rôle du Trône de Fer, mais force est de constater que je l’ai perdu. L’homme qui m’a libéré m’ordonna de rester ici et d’attendre son retour. Il quitta la salle mal éclairée pour estimer la situation aux alentours. Je me plongeais dans la lecture des trois documents constituant les accessoires du narrateur pour JDRTDF afin de reconstituer un environnement moral acceptable.
L’écran tout d’abord
Trois volets de carton dur, format A4 paysage, avec une illustration du côté joueur et plein de tableaux de l’autre. L’illustration représente le Mur du Nord illuminé par un coucher de soleil. Symboliquement le côté joueur devient la partie connue du monde, mais le côté MJ est une terre interdite remplie de danger. L’idée de placer ce mur entre joueurs et MJ aura pu être excellente si elle n’était pas desservie par la laideur de l’illustration (je vous laisse juge : http://www.jdrp.fr/img/items/tronedefer_ecran.jpg). J’ai rarement vu un écran aussi mal dessiné et pas mal de retour négatif se font sur la qualité de l’illustration sur les forums de fans. Bon passons ce gros point négatif.
Côté MJ, on retrouve plein de tableaux de différentes couleurs. Rapidement ce code-couleur devient clair et facilite l’utilisation (Rouge→ Baston, Vert→ Parlote, etc.), mais il n’est pas synchronisé avec le code-couleur du livre de base. On a aussi un résumé des différentes utilisations des points de destinée (hachement pratique pour suggérer l’utilisation judicieuse à vos joueurs) et les armes et armures sont répertoriées avec leurs caractéristiques lors des combats. On gagne ainsi pas mal de temps en n’allant pas chercher dans les bouquins, mais si vous devez compléter les infos de l’écran par celles du livre, débrouillez-vous tout seul : aucun renvoi de page n’est mentionné (ah si, un, pour les distances de voyage, page 202 ?).
Il y a juste un tout petit tableau rappelant les onze étapes d’une bataille d’armée sans autre précision. Ça peut paraître succinct, mais en fait, des batailles on n’en fait pas deux par séance et le MJ se doit de bien les préparer avant la partie. En bref, ce côté est clair, espacé et lisible. Il manque peut-être l’influence des conditions météo et du terrain lors d’un combat, mais on fera sans, tant pis.
La carte de Westeros
Clairement, c’est la même que dans le bouquin de base. Ah non : elle est carrément mieux ! Il y a enfin une échelle. Sinon tout y est : relief, rivières principales, grandes routes, villes et cités fortifiées, noms des régions. L’ensemble est bien dessiné et la représentation du Mur vue de haut tranche avec l’horrible illu de l’écran (bon, j’espère que vous aurez compris).
Le format de la carte est plus ou moins identique à celui de l’écran et le dos est blanc. En se cassant un peu la tête, les petits gars de Edge auraient pu trouver un truc d’intéressant à mettre derrière, mais dans l’instant je ne vois pas. Donc point pour eux.
Les noces de Dupes
Le troisième document est un scénario d’introduction rédigé par Steve Kenson. Ce matériel en tant qu’objet est assez pauvre : pas de couverture, du simple papier non glacé et uniquement 16 pages. Le tout est en noir et blanc et ponctué de cinq illustrations (pas mieux que celle de l’écran, faut-il le préciser ?).
Le scénario relève à lui seul la qualité du supplément. Le cadre est un mariage de deux jeunes gens appartenant à des maisons anciennement rivales. Pas mal de PNJ ont de bonnes raisons de faire foirer le mariage ou doivent dissimuler leurs véritables intérêts tout en veillant à atteindre leurs objectifs. Au niveau purement ambiance et rôliste, cette histoire rend l’ambiance du cycle du Trône de Fer à la perfection : trahison, meurtre, accident, empoisonnement, tout y est. Les PJ devront avoir l’esprit clair et cibler rapidement leurs objectifs pour en sortir gagnants.
L’intrigue n’est pas linéaire : le scénario est une suite de briques scénaristiques que le MJ doit empiler judicieusement selon le déroulement de la séance. Les conditions initiales sont laissées assez libres (l’hôte peut être une des deux familles des PJ ou une famille tierce). D’autres détails de ce style doivent être définis par le MJ pour que le module s’intègre à sa campagne. Aucun test n’est proposé ; bien que le système soit simple et intuitif, il aurait été bon de guider les MJ débutants. Le livret se conclut par une carte du château plus qu’inutile et conçu de façon totalement illogique (par exemple : il n’y a pas d’écurie !).
L’ensemble des accessoires du narrateur coûte un peu cher pour la qualité du produit (20 €), mais si vous êtes fan ou décidez de faire une campagne à Westeros, cela peut être un achat utile. J’aurais aimé trouver des renseignements supplémentaires : des pistes d’intrigues, des synopsis d’aventures, des PNJ hauts en couleur prêts à l’emploi. Je profite de cette chronique pour vous diriger vers le site de la Garde de Nuit et sa communauté active si vous voulez des renseignements sur l’univers et pour parler du jeu.
À peine ai-je fini ma lecture que l’homme était revenu :
“Bien, la garde s’agite un peu suite à ta disparition, mais ici nous sommes en sécurité. Quand l’essaim se sera calmé, on essayera de trouver un moyen pour reprendre tes affaires afin d’effacer les preuves matérielles de ta venue. Je précise également que tu n’as pas à connaître mon nom et je te déconseille d’essayer de le connaître. Ah oui, j’oubliais. Bienvenue à Westeros.”