Adaptation des Jds sur iMachines

Parce qu’avec Apple, il y a une application pour presque tout…il y en a forcément quelques-unes sur les jeux de Société…

Le marché du jeu de Société est en constante évolution et celui-ci a été bouleversé dans son utilisation quotidienne par l’arrivée de nouveaux supports de jeu : Vassal Forge sur ordinateurs grâce à internet, puis diverses adaptations de grands classiques sur les consoles de salon ainsi que sur les consoles portables comme la Nintendo DS.

Certains de ses supports se démarquent pas mal des autres et font beaucoup parler d’eux dans le monde du Jeu de Société dernièrement. Je veux bien sûr parler de ces appareils fonctionnant sous IOS, le système d’exploitation fétiche de la firme Apple bien connue à l’effigie d’une Pomme : iPad, iPhone, iPod Touch et consorts…

L’iStoire

Tout a commencé doucement avec l’émergence de lecteurs MP3/MP4 de plus en plus sophistiqués comme l’iPod. Apple dans sa constante recherche d’innovations à apporter à ses iMachines, nous pondit l’iPod Touch, mais également le bien connu iPhone, à la mi 2007, et plus récemment, la commercialisation de la tablette tactile, iPad en 2010.

Le développement des iMachines et celui du système d’achats virtuels, iTunes Store, ouvraient alors de nouvelles perspectives et l’avènement de l’ère du pion et des cartes virtuelles sur ces appareils ne fut qu’une question de temps. Et avec aujourd’hui, un peu plus de 120 millions de machines vendues fonctionnant sous IOS et plus de 230 000 activations de ces produits par jour, l’univers du jeu de société portable devient une cible intéressante pour les développeurs d’applications.

Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain, et on a vu des projets de portage de nos jeux favoris sur iMachines annoncés avec enthousiasme pour mieux être abandonnés par la suite ou laissés sans nouvelles. Je fais bien sûr allusion au portage de Citadelles sur iPhone, jeu de Bruno Faidutti, annoncé par Fantasy Flight Games, fin 2008, pour une disponibilité courant 2009, et aujourd’hui toujours indisponible. Voilà qui nous montre bien toute la difficulté que l’on peut rencontrer lorsque l’on veut adapter un JdS sur iMachines : il faut du temps, de l’argent et les possibilités de retour sur investissement sont parfois bien complexes.

Cependant, les jeux de société firent enfin leur grande entrée sur les bijoux d’Apple, grâce entre autres, aux éditeurs Gameloft et Electronics Arts qui s’attaquèrent fin 2008 et courant 2009 à des adaptations de jeux classiques grands publics, notamment avec le tristement célèbre jeu de transactions immobilières, Monopoly, le jeu de cartes Uno, et d’autres hits tels Trivial Pursuit, Cluedo, Scrabble, etc…

Il serait faux de dire qu’ils furent les seuls pionniers. En effet, début 2009, l’auteur de jeu allemand reconnu de par le monde, Reiner Knizia, fort de son succès sur les consoles, cherchait activement des éditeurs intéressés pour porter ses nombreux jeux sur le précieux d’Apple et après quelques tractations fructueuses, sortirent bien vite les adaptations de Zooloretto, Poison, Knights of Charlemagne et autres…

Aujourd’hui, nous sommes à un tournant de l’ère du jeu de société virtuel, et les sorties se succèdent mois après mois et parfois même peu de temps (ça reste relatif) après la sortie des jeux version carton dans nos boutiques favorites : par exemple, la seconde version du jeu Pocket Rockets en boite métal d’Antoine Bauza est développée en même temps que la version numérique sur iPhone et iPad et devrait voir le jour en fin d’année. On voit notamment quelques jeux d’autres auteurs français adaptés comme Kamon de Bruno Cathala. Les jeux de société sur iMachines connaissent un tel succès que les maisons d’édition de JdS, elles-mêmes, pensent aujourd’hui activement à adapter leurs sorties du carton au numérique comme le fait Days of Wonder avec Smallworld, Hazgaard avec Pocket Rockets, ou bien Jactalea avec Kamon. On aurait eu vent plus récemment que Cocktail Games, spécialiste des jeux malins crétins, s’intéresse de près au sujet, mais pour le moment sans avoir annoncé quoi que ce soit d’officiel. Les éditeurs extérieurs au monde du jeu de Société ne sont pas en reste puisque la société Codito Developpement, assez connue pour la sortie récente de Medici de Knizia, a annoncé il y a quelques mois la sortie de plusieurs autres grands classiques du jeu : El Grande, Tigre et Euphrate, Le Havre, Ra, Tikal, et j’en passe… Tout cela pour dire que l’avenir du jeu de société sur iMachines est de bon augure et que le catalogue ludique sur iPhone et iPad ne cesse de s’enrichir à une vitesse folle depuis peu. Finalement, les iMachines semblent réellement être une cible privilégiée pour les éditeurs, car peu de jeux de société sont réellement disponibles sur les autres téléphones portables ou supports similaires, en dehors de quelques grands classiques, et même ceux qui fonctionnent sous Android et qui bénéficient d’un système d’achats virtuels similaire à l’iTunes Store, sont boudés par les éditeurs. Il faut dire que la communication et la visibilité des jeux de société disponibles sur Android, par exemple, est très mince voire inexistante alors que la sortie d’une application jeu de société sur iMachines peut être accompagné d’un petit buzz à l’instar de tous produits Apple.

Mieux ? Non. Différent ? Oui

Pourrait-on dire alors que le jeu de société tel que nous le connaissons prend fin? Je ne crois pas. Il est vrai que la qualité du tactile des iMachines est d’un grand confort lors des manipulations diverses, que la pression soit faible ou forte, la réactivité du tactile est très bonne ainsi que sa fonction mutitouch (fonction qui permet de placer ses doigts à deux endroits différents). Les applications sont pour le plus souvent bien pensées, adaptées à l’utilisation sur un écran petit comme celui d’un iPhone ou bien plus grand en HD avec l’iPad. Les graphismes et les animations sont fluides et les menus, dénués d’artifices inutiles, sont simples d’utilisation. Les intelligences artificielles sont une grande préoccupation des éditeurs et sont assez bien équilibrées, ce qui permet d’adapter les parties à son niveau. Le développement sur ces machines qui sont mises continuellement à jour par Apple avec l’apport de nouveautés, apporte des possibilités très intéressantes comme le rajout des extensions du jeu après sortie de son application via des mises à jour. Nous avons pu notamment le constater sur l’application Smallworld pour iPad avec le rajout des extensions Maudits et Dames blanches qui sont disponibles à présent grâce à la fonction in-app purchase (possibilité d’acheter les extensions directement en lançant l’application de son iPad, ici, pour 1,59€ chacune) de l’application. Les prix sont également très attractifs et pour tout public, du gratuit à une dizaine d’euros pour les plus onéreuses, du jeu de société classique au jeu de société moderne pour les joueurs passionnés.

Le passage au numérique est donc dans son ensemble réalisé avec brio, mais n’est pas sans défauts : de nombreux bugs ont le risque de voir le jour à chaque mise à jour de l’iOS des iMachines, vous me direz tant mieux, au moins les éditeurs doivent mettre leurs applications à jour. Oui, sauf que les mises à jour des applications sont soumises à validation auprès d’Apple avant la mise à disposition sur l’iTunes Store ce qui entraine des retards de sortie et on se retrouve parfois avec des applications buguées.

De plus, la majorité des jeux de société sur iPhone est souvent tournée Solo et non multijoueurs ce qui est dommage avec les possibilités qu’offre l’appareil de faire des parties avec les joueurs du monde entier en mode online. Peu d’applications sur iPhone ont un mode multijoueurs, mais il faut alors se passer le téléphone et on ne peut pas jouer en simultané. Seul l’iPad permet de jouer en simultané et donne un confort de jeu multijoueur vraiment intéressant. Se pose également le problème des jeux à mains cachées comme dans l’excellent jeu Dead Man’s Dice plus connu sous le nom de Perudo. Eh bien, tout se passe par tour de jeu (une pression sur l’écran pour terminer son tour de jeu et une pression supplémentaire pour commencer son tour de jeu) et là encore, on doit se passer l’iPhone ou l’iPad pour pouvoir cacher sa main lorsqu’on la regarde. Dans la pratique pour Perudo, le gobelet se soulève par pression du doigt, ce qui nous permet lors qu’on a l’iPhone en main de cacher son nombre de dés et leurs faces, on peut une fois avoir pris connaissance de ses dés poser l’iPhone au milieu de la table et parier aux vues de tous, le gobelet cachant à nouveau les informations secrètes tant convoitées.

Enfin, malheureusement pour nous francophones, la majorité des jeux sort exclusivement en anglais : pour ceux qui connaissent le jeu d’origine, la prise en main est aisée mais pour ceux qui découvrent le jeu, une maitrise scolaire de l’anglais ainsi que celle du champ lexical du jeu est indispensable.

Alors question fatidique : préfèrerez-vous secouer un iPhone ou lancer un dé ?

Mon avis sur l’iQuestion

Récapitulons le jeu sur iMachines: beau, rapide, simple, et souvent peu cher, et un catalogue ludique de plus en plus riche. La majorité des adaptations vaut vraiment le détour mais le passage au numérique n’est pas exempt de défauts. Si le jeu en solo est bien développé, on ne pourra pas en dire autant sur les modes multijoueurs et online.

À ce sujet, attardons-nous sur une question : qu’est-ce qu’un jeu de Société ? C’est un jeu qui se pratique à plusieurs personnes, par opposition aux jeux qui se pratiquent seul et ici, nous nous retrouvons avec peu d’applications multijoueurs. L’impossibilité de jouer en simultané avec ses amis sur iPhone peut être compensée par un mode online, encore faudrait-il qu’un tel mode existe sur toutes les applications. Donc, malgré les intelligences artificielles bien équilibrées et quelques modes multijoueurs et online par-ci par-là, on s’éloigne peu à peu du jeu pratiqué à plusieurs personnes, la majorité des portages privilégiant un mode solo vs IA. Je pense donc que le JdS sur iMachines ne remplacera certainement pas les JdS en dur dans notre quotidien, il deviendra tout au plus, un complément. Nous voyons ainsi notre façon de jouer différer mais pas être bouleversée.

C’est idéal pour jouer seul dans le bus, dans une salle d’attente ou bien couché sur son lit, pour appréhender d’autres stratégies, s’améliorer, passer le temps ou tout simplement pour le plaisir de jouer différemment.

Cependant, nous pourrions bien être surpris par l’iPad, qui reste un véritable fer de lance, et qui permet de pousser le mode multijoueur en simultané à un point intéressant. Les perspectives qu’il ouvre pour l’adaptation des jeux sont plus que prometteuses.

Pour ma part, c’est un grand plus mais ça ne remplacera pas le plaisir de toucher des meeples en bois et des cartes en cartons ainsi que celui d’ouvrir une boite neuve de jeu pour sentir l’odeur du plastique neuf et de dépuncher les tokens en cartons.

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