Vous pouvez lire cet article ou vous laisser surprendre en prenant le jeu et en le faisant. Je l’ai fait sans rien en connaître et cela m’a procuré beaucoup de plaisir.
À vous de choisir, bonne lecture.
On peut plus rien dire !
Indika, c’est le jeu miracle qui vient boxer la foi directement à domicile, sans que quiconque le censure.
En 4h de temps, ce petit jeu déroule un propos soigné et profond sur la question non pas seulement de la foi, mais surtout de ce que les hommes en ont fait.
C’est dérangeant. On suit Indika, une jeune nonne qui vit dans une région froide de la Russie, au cœur d’une religion hiérarchisée et sans pitié.
Elle est maudite, parce qu’elle entend des voix qui dictent sa conduite par moment, et cela amène toutes ses « sœurs » à la détester.
Un jour, elle doit accomplir une mission qui l’amène au dehors, le temps d’une quête initiatique profonde, douloureuse, sans pitié, au cœur de sa foi.
Indika ou la destinée et le libre-arbitre
Le jeu est beau, et joue avec des décors somptueux mélancoliques et lugubres, faits de lieux abandonnés et de catastrophes oubliées, et de petits jeux agaçants et parfois difficiles comme autant d’épreuves de foi à accomplir pour poursuivre le voyage.
Elle partage ses pensées avec un narrateur impitoyable qui prend corps au fil du récit, et lui dicte les pires infamies auxquelles elle doit résister par la force de la prière.
Tout le jeu est bercé de gigantisme et de vertige, mais aussi de casse-têtes à résoudre, riches et intéressants, pour progresser plus avant.
Chaque instant de vide est l’occasion d’une discussion profonde sur des questions majeures de la critique anti-cléricale.
Un exemple ? Peut-on aimer sans corps ? Une âme peut-elle aimer vraiment ? Et un chien qui n’est qu’un corps sans âme, peut-il aimer aussi ? Est-ce donc le corps qui aime seulement ?
Loin d’être masturbatoire, c’est une attaque en règle des piliers non pas de Dieu ou de la foi, mais du système humain qui s’est bâti autour, réglementant jusqu’à la moindre seconde de la nonne dans son quotidien.
Depuis toujours, elle est porteuse de questions qui la détruisent. Son passé l’explique, son présent la tente de les poser, mais elle doit choisir son chemin, entre destinée et libre-arbitre.
Si on est confronté au surnaturel et au vertige du doute spirituel, ce n’est pas pour autant un jeu fantaisiste. Il est plus que sérieux dans son approche.
La forme déjà est originale mais impeccablement tenue.
C’est un walking sim à énigme, une nouvelle version du livre, qui déroule son histoire en 3D.
Les doubleurs sont exceptionnels. Les voix sont intenses, justes, chargées en émotion, maîtrisées, c’est du grand art.
Le gameplay est réjouissant, sans être au centre du jeu. On vit des scènes prenantes, on progresse avec plaisir.
Et le tout fonctionne comme une grande métaphore d’un propos qui questionne l’homme et Dieu dans leurs rapports contradictoires, au travers du sacré et du profane.
Bref, Indika, c’est un pamphlet passionnant, dérangeant, qui attend que les choses changent après lui. Je ne le vois pas comme une critique blasphématoire en soi, étant issu d’un pays qui s’adonne depuis toujours à la remise en question des certitudes, mais je comprendrai qu’on le perçoive ainsi. J’y vois surtout le récit de l’émancipation d’un esprit libre.
Très bonne expérience, très bonne réalisation, si vous pouvez l’essayer, cela vous offrira quelques souvenirs forts, c’est certain.